'Not Afraid'


       

Peur - La comprendre et l'affronter




        En cette période d'Halloween et d'histoires de clowns à faire dormir debout, j'avais envie de parler de cette sensation aussi étrange qu'est la peur. Probablement l'une des émotions les plus anciennes du monde animal. Et comme toute émotion, la peur est difficilement palpable, et surtout quasiment impossible à cerner scientifiquement. Cela n'empêcha pas Charles Darwin de la décrire ainsi dans L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux :


« La peur est souvent précédée de l'étonnement, dont elle est proche, car les deux mènent à une excitation des sens de la vue et de l'ouïe. Dans les deux cas les yeux et la bouche sont grand ouverts. L'homme effrayé commence par se figer comme une statue, immobile et sans respirer, ou s'accroupit comme instinctivement pour échapper au regard d'autrui. Le cœur bat violemment, et palpite ou bat contre les côtes... La peau est très affectée par une grande peur, nous le voyons dans la façon formidable dont elle sécrète immédiatement de la transpiration... Les poils sur la peau se dressent; et les muscles superficiels frissonnent. Du fait du changement de rythme cardiaque, la respiration est accélérée. Les glandes salivaires agissent de façon imparfaite ; la bouche devient sèche, est souvent ouverte et fermée. »

          Au vue de cette déclaration, force est de constater que ces manifestations sont multiples : tremblement, accélération du rythme cardiaque, hérissement des poils, paralysie, pâlissement du visage, écarquillement des yeux, élocution d'un cri... Mais outre ces actes incontrôlables et soudains, la peur reste mystérieuse et irrationnelle. Alors qu'il est facile de prévoir les réactions qu'elle engendre, les agents provocateurs de la peur n'en restent pas moins aléatoires, imprévisibles et surtout subjectifs. En effet, on a tous peur de quelque chose : un animal, une activité, une sensation, un phénomène de la vie, un phénomène naturel, une personne...(why not? J'ai bien peur de mon ancienne chargée de TD, moi!). Nous éprouvons tous des peurs. Qu'elles soient conscientes ou inconscientes, à la surface ou bien enfouies en nous, déjà découvertes ou encore à découvrir... Tous. 
          Pour autant, nous n'avons pas tous peur de la même chose : quand certains s'affolent à la vue d'une araignée, d'autres les élèvent comme animal de compagnie. Quand certains sont fringants de sensations fortes et attractions en tout genre dans les parcs à thème, d'autres se font un plaisir de garder les sacs et prendre des photos. J'en viens alors à me poser la question du facteur provocateur de la peur, autrement dit de l'élément ou de l'aléa qui fait que l'on a peur. Est-ce un facteur exclusivement interne et propre à chacun ? Ou est-ce un facteur externe, mais perçu différemment selon le récepteur ? De plus, cette perception de l'élément provocant la peur est-elle prédéfinie ? Peut-on prévoir la peur selon notre vécu, notre histoire, notre famille, notre enfance, notre éducation, notre environnement...? Ou bien tout cela était-il déjà déterminé au moment de notre création? Je m'y perds et je vous ai probablement perdu... Je mets donc un terme à ma réflexion car si je commence à empiéter sur le terrain de la prédestination, des pages et des pages d'écriture seront pleines sans qu'aucune réponse ne puisse être apportée. Je vais donc m'abstenir et partir du principe que la peur reste une sensation archaïque et encore mystérieuse.


          Par ailleurs, il existe des peurs concrètes, mais également des peurs abstraites comme les angoisses, les crises de paniques ou la peur de l'avenir. Il y a quelques mois de ça, j'ai lu le livre de Sheryl Sandberg, En avant toutes. (J'en parle d'ailleurs dans un article sur la place des femmes). Dès le premier chapitre, elle pose une question qui m'a de suite interpellée et poussée à la réflexion : Que feriez-vous si vous n'aviez pas peur ? La peur se manifeste de différentes manières et est un terme si général, qui englobe tellement de sentiments, en y réfléchissant. En vue de la thématique de son livre, j'ai supposé qu'il étant question ici de la peur de l'échec, la peur du regard des autres, la peur de l'avenir, la peur de la déception, la peur de regretter, la peur de tout perdre, la peur de l'insatisfaction, la peur de la culpabilité...
Je me suis donc obligée à lister sept actions que je m'empêche de faire par peur :
  1. M’engager vers une carrière d'avocate internationale ou de magistrate 
  2. Me faire tatouer 
  3. Sauter en parachute 
  4. Dire ce que je pense intérieurement
  5. Réserver à la dernière minute un billet d'avion sans retour vers l'étranger 
  6. Passer mon permis moto
  7. Hurler le plus fort possible du haut d'une colline/montagne/falaise 


"Aucun être humain ne peut supporter une terreur continuelle : la peur se retire finalement au second plan de l’esprit ; on l’accepte, on la met en, place et on n’en veut plus entendre parler." — H.G. Wells, La Guerre dans les Airs, 1908 

          En effet, certaines peurs, qui occupent une place prépondérante à un certain moment de vie, s'atténuent peu à peu au fil du temps. Parfois pour laisser place à d'autres, parfois pour laisser place à l'apaisement. L'élément qui a provoqué la peur à un instant t est toujours présent, seulement notre cerveau s'y est habitué. Cette peur primordiale devient secondaire. 

          Parallèlement, outre l'atténuation et l'acceptation passive de la peur, c'est la confrontation et l'affrontement qui reste le moyen le plus efficace pour s'en débarrasser. J'irai même jusqu'à dire que les peurs sont faites pour être surmontées. En effet, beaucoup de thérapeutes vous diront qu'il suffit souvent de surmonter sa peur une fois pour la faire disparaître définitivement. C'est ainsi que l'on grandi et se forge un caractère, tout en accroissant sa dignité et son courage. De même, nous gagnions en confiance et en maturité d'esprit. La preuve de cette affirmation réside en effet dans l'illustration banale d'un enfant et de ses parents, puisque l'enfant est doté de plus de peurs que son parent. Un enfant est en effet beaucoup plus craintif qu'un adulte, et c'est parce-que ce dernier a affronté le noir à plusieurs reprises qu'il en est ressorti plus fort et délivré de cette crainte à l'âge adulte.


          Sur ces bonnes paroles, je ne peux que m'auto-encourager à faire disparaître mes peurs. Autrement dit à les affronter. Mais comme pour tout ; c'est bien plus facile à dire qu'à faire ! Et vous, si vous deviez lister vos peurs ou les actions que vous vous refusez de faire par peur, qu'est-ce que cela donnera? Une longue liste ou bien une toute petite? Quelle(s) peur(s) avez-vous déjà affrontée(s) ?
Bonne fin de vacances, et n'oubliez pas de sourire xx